textes critiques
Caroline Clément

2013

Extrait in catalogue Tisser des liens / À fleur de peau, Caroline Clément

« Dans le mythe de Pénélope, l’ouvrage se fait et se défait. Les mains divines sont en mouvement constant. Elles tissent du temps. Les fils s’emmêlent, ils détournent l’attention. Pénélope se couvre, se cache, élabore des détours. » * Sophie Menuet
Sophie Menuet construit un univers intimiste et ambivalent, où la fibre, le fil et le textile règnent en maitre… L’œuvre entière est une mise en scène précieuse et raffinée où le sens du détail, la luxuriance des satins et des dentelles dialoguent avec le décor environnant. Les pièces présentées évoquent la ritualisation des gestes minutieux et précis des tisserandes, des couturières ou des brodeuses. La relation au corps, au vêtement, à la parure féminine est au cœur de ses préoccupations. Des personnages en tissu de satin aux silhouettes énigmatiques présentent des visages fermés, couturés. Leurs robes-parures dissimulent des corps absents… La couleur d’un bleu profond d’une de ces robes, fait inévitablement penser aux burqas des femmes afghanes ; le titre de cette pièce : « Corps-piqué, papillon d’aile » évoque simultanément une menace et une fragilité. Ce corps mutant est il celui d’une chrysalide ? Les plis, et les effets de piqûres semblent calfeutrer, cicatriser une histoire personnelle. La question de la féminité , omniprésente, habite chaque forme, chaque courbe comme dans l’œuvre intitulée « Dédale nacré », qui s’offre au regard telle un calice précieux.

Nicolas Savignat

2013

Le fétichisme ostentatoire, le laboratoire de l’art … ? (première partie)

Sophie Menuet dans ses « vêtements-sculptures » et ces « parures » revisite sans ménagement les drames de son enfance ; elle s’approprie son histoire personnelle dans un scénario inventif à la narration poétique. Les traumatismes d’un passif, le récit de vie sont mis en scène par la distanciation grâce à la forme du fantastique, à l’intrigue de la fiction et aux propositions de l’étrange ; l’imagination comme condition à la confidence. Une mémoire imbibée de monstrueux souvenirs et des réminiscences débordantes comme le morcellement d’un passé à reconstituer. L’inspiration artistique, la grande nécessité créatrice, les vertus salutaires du beau et la puissance conjuratoire de l’expression sont des armes d’auto défense redoutables face aux forteresses dérisoires, aux obélisques gâtés et autres bûchers des vanités de l’autorité phallocentrique.
Des silhouettes fantomatiques enfouies de satin souffrent solennellement, silencieusement et pudiquement. Des personnages immuables drapés de révérence sont bridés dans leurs protubérances chimériques et empêtrés dans leurs excroissances hantées. Ils se camouflent derrière le sourire extatique et crispé des déments ou bien dans une attitude hiératique adaptée ; un aplomb légendaire propre aux monarques. Une beauté burlesque, un foisonnement dantesque et une vision inspirée émanent de ces moignons capitonnés, de ces orifices bouchés et de ces menottes informes. Une vision de l’intime tout en prudence et une parade tout en indices implicites qui magnifie l’insoutenable ; le travail de Sophie Menuet comme un gage réalisé durablement, la contenance bienveillante des pacifiques ou la fierté esseulée de l’insolent et éloquent silence.

Extrait in chronique FPDV N°36, Février 2013
" Le fétichisme ostentatoire, le laboratoire de l’art … ?" (1/2) par Nicolas Savignat / France

Raoul Hébréard

Voyages

Sophie Menuet propose à notre regard une œuvre qui nous invite à différents « voyages ».
Ses pièces sont comme suspendues dans une intemporalité qui interroge aussi bien notre mémoire générique ou sélective. Elles nous font souvenir d’une préoccupation de l’histoire de l’art, d’un rapport à une picturalité forte sans utiliser la peinture, d’une perception du présent, d’une présence /absence de la féminité dans notre monde.
Elle nous parle du corps et de son « habillage », de carapaces avec leurs mémoires de forme, de protection.
Ses matériaux et supports de création sont multiples, elles les assujettis à ce qu’elle désire nous dire. Les matières utilisées sont souvent porteuses d’histoires, de mémoires, et elle les utilise avec une précision de travail, une profusion de détails qui nous guide dans un univers fractal, du détail à la globalité et vis versa.
Elle pratique aussi bien la sculpture, le dessin, la vidéo, la photographie, tous ces supports créent une cosmogonie et reflètent son interrogation pour la place de « l’homme » corps et individu dans le monde qui nous entoure.
R.H, 2008

Travelling
Serge Baudot, Writer, translator, Jazz Hot journalist, producter at R.C.F.

Sophie Menuet proposes to our eyes a work that invites us to different “trips”; her pieces seem to be suspended in a timelessness which questions our generic memory as well as our selective memory. They remind us of a preoccupation about art history, of a connection to a strong pictoriality without using any paint, of a perception of the present, of a presence/absence of the femininity in our world. She speaks to us of the body and its “dressing”, of carapaces with their form memory, of protection. Her materials and creation stands are multifarious, she subjugates them to what she wants to tell us. The materials employed often carry stories, memories, and she uses them with a working precision, an abundance of details which guides us in a fractal universe, from detail to totality, and vice versa. She practises sculpture, drawing, video, photography as well; all these media create a cosmogony and reflect her interrogation about the place of the “man”, body and individual, in the world that surrounds us.
Raoul Hébréard, 2008.

Olivier Lossi

Le ventre de la mer*

Sophie Menuet fabrique-t-elle des vêtements pour couvrir ce sein que nous ne saurions voir ou pour habiller les corps de quelques dieux déchus d’un paradis ? Toujours est-il que ces corps-vêtements, vêtements-sculptures et accessoires nous plongent dans des ambiances d’inquiétantes étrangetés. L’artiste sublime ses obsessions et nous plonge, entre conscience et inconscience, dans un univers comminatoire.

Pourtant l’artiste ne puise pas son inspiration que dans ses propres cauchemars mais dans un monde ou s’entrecroiseraient le péché originel issu des tableaux de Jérôme Bosch11, des corps-armures trouvées dans un album de bande dessinés de Marvel comics, ou des personnages proches des destructeurs « Dieux-Guerriers » d’Hayao Miyazaki.

Se pose aussi dans le travail de Sophie Menuet la question du corps, du corps de l’homme, du corps divin incarné dans l’homme et de ce qui l’habille. A l’image de Dieu et de sa colère : le corps, le vêtement, la chair font que nous sommes des hommes, telle Adam et Eve se couvrant des feuilles du figuier. Vient alors la question du charnel et chez l’artiste cette interrogation semble centrale, convoquant à la fois la matrice corporel, l’extimité et l’intimité de chacun de nous.

Le travail de Sophie Menuet est un beau mélange de précision du geste, d’impertinence feutré et de rire désabusé.
1Q84 : Livre 1 : Avril-Jui, Haruki Murakami, coll. « Littérature étrangère », Belfond, Paris, 2011
Le Jardin des délices, 1503-1504 (Musée du Prado, Madrid, Espagne).
*extrait de " Crier dans la forêt, tout seul, en plein jour "
in catalogue Effroi & Satin, villa tamaris centre d'art, Olivier Lossi, 2012

Travelling
Serge Baudot, Writer, translator, Jazz Hot journalist, producter at R.C.F.

The belly of the sea.

Does Sophie Menuet make clothes “to cover this breast that we shouldn’t be seeing”, or to dress the bodies of some gods dethroned of a paradise? Anyway, these body-clothes, clothes-sculpture and accessories put us in strange disturbing atmospheres. The artist sublimates her obsessions and puts us, between consciousness and unconsciousness, in a comminatory universe. Nevertheless the artist not only take her inspiration in her own nightmares but in a world in which would intertwine the original sin from Jérôme Bosch paintings, bodies-armours found in a strip cartoon of Marvel Comics, or the characters close to the destructive “God-Warriors” from Hayao Miyazaki.

From " Crier dans la forêt, tout seul, en plein jour " in catalogue Effroi & Satin, Villa Tamaris centre d'art, Olivier Lossi, 2012

Yves Sabourin

De l’aplat tissé et sec à une matière mentale humide

Pour Sophie Menuet le textile est une matière modelable qui prolifère, avec aisance, dans un espace qui se place à la confluence du beau et du laid, là où elle élabore et érige des formes issues du vocabulaire corporel des humains. Ses sculptures et reliefs, malgré leurs aspects figuratifs, procèdent du mental et proviennent d’un inconnu : ce manque de volume que le textile possède. Même si il peut exister dans le tridimensionnel il n’est pas vraiment perceptible à l’œil nu. Mais cela n’est pas le propos de l’artiste car elle se positionne dans une dimension humaine à l’échelle de sa réalité.

La conception de ses sculptures se présente comme une pose silencieuse, mais grinçante aussi, où le modelage du tissu se matérialise à l’aide d’épingles à tête de couturière et de fil à coudre aux « points de Marie qui courent après Jésus » c’est-à-dire avec un rendu de petits points visibles en surface et aux grandes enjambées non visibles sous la peau. Il s’agit bien de consistance humaine que l’artiste arrive à densifier, à tendre pour en faire des œuvres textiles. Il en est de même dans son travail avec les motifs de dentelle bourgeoise qui composés d’entrelacs « s’engaillardisent » lorsque Sophie Menuet les peint en blanc sur des verres bombés ou en forme de globe, qu’elle déniche en brocante et qui proviennent d’anciens encadrements et de réceptacles à reliques diverses, comme des matières à mémoires silencieuses qu’il faut faire parler. Les courbes choisies par l’artiste donnent du volume au tracé et « mécaniquement » tendent ainsi les traits de pinceaux permettant de dépasser le simple état de représentation tissée. Avec Dentelles de verre 2001-2011 et Cloche de verre 2006-2011 une autre forme de sculpture intime est inventée qui se révèle par la transparence.
in catalogue Effroi & Satin, Villa Tamaris centre d'art, Yves Sabourin, 2012

Sophie Braganti

Damassures

Effrois! Et froissé satin. J'ai froid. Drapé(e) de boutis, embouti(e), je me marie ou/et je me meurs. Discours décousu, trous du langage, familles et couples raccommodés, peaux lisses et bosselées, bourrelets du corps rapiécé, froufrous sur un noble socle, coussin du sein et de la petite main. Satin de la première communion au satin du cercueil. Double peau. Gloire à cousette.
Piqués et surpiqués, chacun en silence ou implorant sous cape ou sous le manteau, portant son armure invisible, sa cagoule, sa cuirasse. Contre nos adversaires réels et nos démons intérieurs avec lesquels nous devons toujours décomposer en parades. Nous sommes donc mal armés de pacotille à la merci d' "un coup de dé qui jamais...", ne fera de nous des "bonnes femmes". Elégante provocation. Ce qui dérape dans un monde hyper contrôlé et qui part en vrille.
Les parures sculptures n'ont gardé des vêtements de nos grand-mères que les tissus et quelques perles qu'il faut entendre au sens de "fautes". Mettant au grand jour le bâti et l'installant au rang du dessin, les œuvres peuvent aussi jouer des proportions les plus originales dans une mise en espace propice au mouvement.
in catalogue Effroi & Satin, Villa Tamaris centre d'art, Sophie Braganti, 2012